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LA LEGENDE DES CRANES DE CRISTAL
Quelle est donc cette légende sur laquelle repose le scénario des dernières aventures d'Indiana Jones ?
Mythe ou réalité que ces 13 crânes de cristal auxquels des pouvoirs surnaturels sont attribués ?
Inutile de présenter INDIANA JONES, ce célèbre personnage de cinéma créé par Georges Lucas et interprété par l'acteur américain Harisson Ford ...
Dans ses passionnantes aventures, "Indy" rencontre des personnages qui ont réellement existé, par exemples : Howard Carter, Mata Hari ou encore Albert Schweitzer, petits clins d'yeux à l'histoire. Dans des lieux historiques, il recherche et découvre des reliques légendaires tout en étant confronté à des mythes et des croyances diverses. Les scénaristes mêlent donc réalité et fiction.
Qu'en est-il des crânes de cristal que recherche Indiana Jones ?
Réalité ou fiction ?
Le scénario du quatrième volet de saga "Indiana Jones", situé en 1957, fait référence à "la légende des crânes de cristal". Selon le récit, il existerait dans le monde 13 crânes de cristal dotés de pouvoirs surnaturels; leur réunion future, en un lieu inconnu, devrait sauver l'humanité ...
Depuis la deuxième moitié du 19ème siècle, plusieurs crânes sculptés dans du cristal de roche (quartz incolore) ont été exposés dans des musées - à Paris et à Londres - et présentés comme provenant d'anciennes civilisations amérindiennes. D'autres crânes appartiennent à des propriétaires privés, comme "the skull of the doom" (le crâne du destin) qui appartient à la famille de l'explorateur britannique Frederick Mitchell-Hedges (1882 - 1959).
Mais d'où viennent les crânes de cristal ? Comment ont-ils été découverts ?
Voici l'histoire du "crâne du destin", devenu mondialement célèbre ...
Dans les années 1950, Frederick Mitchell-Hedges raconte que le crâne date de 3.600 ans et a servi aux prêtres mayas pour des rites ésotériques. Cependant, il n'explique pas comment il est entré en possession de l'objet, disant qu'il a de bonnes raisons de ne pas aborder le sujet ...
En 1972, Sibley Morrill, un écrivain, raconte que Frederick Mitchell-Hedges était un espion britannique à qui le crâne aurait été donné après avoir été volé au président mexicain par les partisans de Pancho Villa !
Peu avant les déclarations de Morrill, "Le crâne du destin" avait été confié à Franck Dorland, conservateur et restaurateur d'art. Il rencontre Dick Garvin, écrivain et rédacteur publicitaire de la société Hewlett-Parckard (qui fabrique par exemple des imprimantes) qui parvient à convaincre le laboratoire de cristallographie de l'entreprise, basé à Santa Clara (Californie), d'étudier le crâne. L'analyse soulève une question importante : comment et avec quoi les Aztèques ou les Mayas ont-ils sculpté ce cristal de quartz ? Car seuls la topaze, le corindon et le diamant sont plus durs que le cristal de roche ...
Ajoutons que Frédérick Mitchell-Hedges expliquait que les Mayas avaient appris leurs techniques de sculpture d'une civilisation antérieure plus avancée, probablement celle de l'Atlantide ...
Et le crâne de Paris ? de Londres ?
En 1878, le Musée du Trocadéro (devenu ensuite le Musée de l'Homme et qui se trouve actuellement au Musée du Quai Branly ) achète le "crâne de Paris" à un jeune explorateur désargenté, Alphonse Pinart. Celui-ci avait acheté l'objet ainsi qu'une collection d'objets précolombiens en 1875 à un antiquaire français installé à Mexico : Eugène Boban qui se considérait comme expert en art précolombien.
Le Musée du Trocadero hérite ainsi d'un crâne en cristal de quartz, qualifié "d'aztèque" sans aucune autre précision ...
Une dizaine d'années plus tard, Eugène Boban tente de vendre un deuxième crâne au Musée national de Mexico. Mais le conservateur du musée refuse de l'acheter, estimant qu'il s'agit d'un faux ... Et effectivement, à cette époque, de nombreux archéologues mentionnent des trafics de fausses antiquités précolombiennes, fabriquées par exemple à Mexico par des artisans locaux.
En 1886, Eugène Boban s'installe à New York et réussit à vendre son crâne de cristal pour 950 dollars à la société Tiffany, qui le cèdera au British Museum en 1897 ...
Alors, ces trois crânes proviennent-ils de civilisations précolombiennes ?
La réalité semble bien différente de ce qu'ont raconté tous ces hommes et femmes !
Les crânes ont été récemment analysés par des experts scientifiques ... et voici les conclusions des analyses :
Les crânes portent donc des traces de meulage et d'abrasion provoquées par des instruments modernes en métal qui n'existaient pas dans l'Amérique précolombienne !
La piste la plus solide est celle d'une fabrication dans la ville allemande d'Idar-Oberstein, connue pour son artisanat lapidaire et qui importait de grands cristaux de quartz du Brésil au XIXème siècle ...
Quant au crâne du destin, un investigateur américain, Joe Nickell, a démontré sans le moindre doute possible que le célèbre crâne était, en 1936, la possession d'un marchand d'art londonien, Sidney Burney. Ce dernier met le crâne aux enchères en 1943 chez Sotheby's mais ne le vend qu'en 1944, pour 400 livres ... à Fréderick Mitchell-Hedges ! Il n'a donc jamais été découvert par Anna Mitchell-Hedges dans un temple maya !
C'est évidemment moins rigolo que d'imaginer Indiana Jones découvrant les crânes de cristal ou encore la réunion des 13 crânes de cristal qui délivrent un message à l'humanité ... mais c'est beaucoup plus réaliste !!!!
Michel de Pracontal, La légende du dernier Indiana Jones décryptée, Nouvel Observateur, n° 2272
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